Depuis la fin du mois de mars, le centre Pompidou accueille une exposition dédiée à Walker Evans. Nous nous sommes rendus sur place pour vous donner notre ressenti.

 

Des ciseaux, quelques cigarettes écrasées ou encore des portraits saisissants de la classe ouvrière des années 30, voilà de simples mots pour décrire de si grandes photographies. Si il est aussi aisé de décrire les clichés de Walker Evans, c’est que ce photographe américain n’a pas cherché la complexité. Pourtant aujourd’hui, ses photos sont des monuments de la photographie. Nous avons essayé de comprendre pourquoi.

L’insouciance et la légèreté

Walker Evans commence la photographie durant l’entre-deux guerre. Cette période est marquée par un travail du photographe autour de la culture de tous les jours. Panneaux publicitaires, affiches de cinéma et moyens ingénieux pour attirer la clientèle deviennent les sujets des photographies d’Evans. Une certaine légèreté se dégage alors de ses clichés, tous imprimés en petits formats.

Truck and Sign, 1928-1930. Walker Evans Archive

Truck and Sign, 1928-1930. (“Camion et enseigne” à New York). Épreuve gélatino-argentique, 16,5 x 22,2 cm. Collection particulière, San Francisco. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

 

Houses and Billboards in Atlanta, 1936, Walker Evans

Houses and Billboards in Atlanta, 1936. Épreuve gélatino-argentique 16,5 x 23,2 cm. The Museum of Modern Art, New York © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art.

Mais rapidement, le climat de la Grande Dépression marque la fin de ce bref épisode de prospérité que furent les Années Folles. La photographie de ce maître s’en ressent alors. Une gravité et un climat morose s’installent, tant dans la vie quotidienne des citoyens américains que dans les clichés d’Evans.

De la gravité naît la maturité…

Le grand tournant de la carrière de W. Evans arrive en 1935. La Farm Security Administration, administration récemment créée par le président Roosevelt, mandate des photographes afin de documenter les effets de la crise de 1929 dans les campagnes américaines. C’est au cours d’une mission commandée par la FSA dans le Mississippi que le photographe trouve sa voie : la photographie sociale, et celle qui chante la culture populaire.

C’est au cours de ces reportages qu’Evans va faire les célèbres portraits de Floyd et Allie Mae Burroughs, deux métayers en proie à une détresse tant sociale qu’économique.

L’un des points forts de l’exposition se concentre sur cette série de portraits réalisés au cours des reportages pour la FSA. On comprend alors réellement la démarche de Walker Evans. Par ailleurs, les clichés qui nous sont parvenus, sont empreints de cette volonté de documenter tout en s’enracinant dans cette culture métayère. C’est là le propre de la démarche d’Evans ainsi que son génie. En effet, il ne se place pas en paparazzo de son époque mais semble capter la détresse pour mieux la relayer.

 

Allie Mae Burroughs, Wife of a Cotton Sharecropper,  Walker Evans

Allie Mae Burroughs, Wife of a Cotton Sharecropper, Hale County, Alabama, 1936. (“Allie Mae Burroughs, femme d’un métayer cultivateur de coton, Hale County, Alabama, 1936”). Épreuve gélatino-argentique 22,3 x 17,3 cm. Collection particulière. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

Floyd Burroughs, cotton sharecropper. Hale County, Alabama, 1936, Walker Evans

Floyd Burroughs, cotton sharecropper. Hale County, Alabama, 1936, Walker Evans Library of Congress [Public domain]

 

La vie de collectionneur

Un autre aspect de cette exposition est le travail de collectionneur qu’a tenté de faire W. Evans. En effet, dès ses début, le photographe amasse panneaux publicitaires et objets insolites. L’exposition se conclue donc par une longue collection de portraits à la sauvette réalisés par le photographe dans le métro. Cette série, comme celle qu’elle précède, révèle l’attention méticuleuse d’Evans pour les détails et les caractères. Outre cette volonté de documenter et de décrire son époque, on ressent le malin plaisir que le photographe a eu à collectionner ces “Caractères” plutôt que ces portraits car c’est sous son manteau que le photographe attrapait les mines quotidiennes des passants.

Subway Portrait, Walker Evans 1941.

Subway Portrait, Walker Evans, 1941. Epreuve gélatino-argentique, 17.6 x 19.1 cm

Nos impressions sur l’exposition

Nos impressions en sortant sur le toit du centre étaient partagées. La quantité et la qualité des images qui sont présentes est un atout pour toute personne s’intéressant au travail de photographes du début du XXème siècle. La disposition des séries et les connexions qui sont faîtes entre les oeuvres sont intéressantes pour les profanes que nous étions. Nous avons regretté l’absence de certains repères. Effectivement, tous les clichés présentés ne sont pas uniquement ceux du photographe américain, et les indications (peu visibles sont parfois trompeuses). Enfin, en tant que photographes amateurs nous avons regretté quelque peu le manque de détails techniques.

Toutefois, il est toujours intéressant de se pencher sur le travail de grands photographes du XXè siècle et de pouvoir comprendre la construction d’une oeuvre complète. En cela, nous vous recommandons chaudement d’aller voir cette exposition qui saura vous éblouir par la richesse de ses contrastes.

Infos pratiques

Tarifs :
– gratuit pour les – de 18 ans
– réduit (18-25 ans): 11€
– plein tarif : 14€
Dates et horaires :
– jusqu’au 14 août 2017
– de 11h à 21h, TLJ sauf le mardi et de 11h à 23h le jeudi.
– Centre Pompidou
Pour plus de détails cliquez ici :
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