Comme vous le savez, la communauté de photographes Pixopolitan est très importante ! Pour mieux connaitre les artistes, chaque semaine, nous vous présentons l’un d’entre eux grâce à une interview exclusive. Aujourd’hui, rendez-vous avec Chantal Cecchetti, une photographe passionnée d’aviation qui n’a de cesse de parcourir le monde !

Découvrez Chantal Cecchetti et ses clichés aux 4 coins du globe !

© Chantal Cecchetti - Beech 18

© Chantal Cecchetti – Beech 18

 

Chantal, qui êtes-vous ?

J’ai 58 ans et suis aujourd’hui à la retraite après une carrière de 30 ans dans l’aérien. J’ai toujours été passionnée par les voyages et tout ce qu’ils peuvent apporter afin d’avoir une large ouverture d’esprit sur le monde. Mon attrait aussi pour la moto m’a permis de pouvoir combiner plaisir et voyages. J’aime ce qui est nouveau, apprendre, et surtout je suis passionnée par les images et leur pouvoir. Le pouvoir de connaissance, celui des émotions quelles qu’elles soient, du partage et du voyage accessible à tous. Actuellement j’utilise un Canon 5DMark II et rêve du Mark IV !

Chantal Cecchetti

Chantal Cecchetti

 

Comment vous êtes vous lancée dans la photographie ?

Lorsque j’étais plus jeune, j’ai pris plaisir à participer à des ateliers de développement argentique, j’étais intéressée par le coté technique.

Quelques années plus tard, j’avais un petit compact qui me permettait principalement de rapporter des souvenirs, mais c’est vraiment avec l’arrivée du numérique que je me suis de plus en plus passionnée pour les images. D’abord avec des appareils compacts puis rapidement avec un reflex. C’est à la même époque que j’ai découvert les outils numériques et toutes les possibilités qu’ils pouvaient offrir. Totalement autodidacte, j’ai passé des heures à essayer de comprendre et trouver des solutions pour modeler, améliorer ou complètement transformer une photo. Je prenais un grand plaisir à déjà y ajouter une touche personnelle même si avec le recul c’était loin d’être parfait, mais c’est cela qui m’a permis d’évoluer et de progresser ; on trouve dans les erreurs des solutions .

J’ai aussi beaucoup observé, regardé des milliers de clichés de tous types de photographes. Observer pour apprendre et avoir envie de produire moi-même quelque chose. D’abord intimidée à l’idée de montrer mon travail, je me suis inscrite sur des sites de concours bien cachée derrière mon écran. La confiance est arrivée avec une première réussite à un concours de la ville de Paris où j’ai obtenu le coup de coeur du jury et me suis retrouvée exposée en grand format pendant 3 mois sur les murs de la mairie de Paris et les quais de Seine. D’autres concours sont ensuite arrivés qui ont fini par me convaincre que je pouvais assumer mon style et montrer mon travail.

© Chantal Cecchetti - Manhattan

© Chantal Cecchetti – Manhattan

 

Vous avez travaillé dans l’aviation. En quoi cela a-t-il influencé votre photographie ?

Il me semble que c’est “le ” facteur déclenchant de ma boulimie photographique. Un terrain de jeu extraordinaire ! Comment ne pas trouver de sujets intéressants lorsque vous avez le ciel et la terre à portée d’objectif ? Je suis certaine que sans l’aviation je n’aurais pas trouvé d’intérêt photographique dans mon quotidien et certainement moins de passion, parce que le voyage c’est aussi la possibilité de partager, de ne pas garder juste pour soi les moments, les endroits, les choses qui vous émerveillent. Pouvoir simplement dire “regardez mon image est belle”, ce n’est pas ma première démarche, mais  plutôt “regardez les choses incroyables qu’on peut voir ailleurs”. L’envie de montrer les endroits a d’abord primé sur l’envie de montrer mes photos, c’est ce qui m’a fait oser.  Ensuite l’envie de sublimer ces endroits avec mon oeil est devenu pour moi une nécessité, que l’on adhère ou pas c’est un besoin qui a ce stade devient strictement personnel et que maintenant j’assume. Je veux créer une émotion, celle que j’ai ressenti même si parfois je m’éloigne un peu de la réalité. L’effet toxique est que j’ai besoin d’être ailleurs pour trouver un intérêt photographique à un sujet, difficile de me concentrer sur ce qui m’entoure quotidiennement, à force de le voir, je ne regarde pas, c’est la nouveauté qui m’inspire, mais je suis entrain d’entreprendre une démarche supplémentaire pour progresser et travailler sur des sujets plus diversifiés que je rencontre au quotidien. C’est aussi l’occasion pour apprendre à améliorer ma technique de prise de vue. Toutefois je ne peux m’empêcher de sortir un cliché “classique ” et un cliché complètement remodelé à ma vision, c’est ma nouvelle façon de voyager lorsque je ne suis pas ailleurs, puisque désormais, mes voyages sont un peu plus espacés depuis que je ne travaille plus à bord des avions. Faire de ma proximité un ailleurs et finalement continuer à voyager d’une autre façon.

© Chantal Cecchetti - Airport

© Chantal Cecchetti – Airport

 

Vous avez beaucoup voyagé, avez-vous une destination favorite ?

C’est une question simple mais finalement très compliquée. Je continue toujours à voyager avec un peu plus de temps malgré tout que lorsque j’étais en fonction, les escales se faisant de plus en plus courtes. Il y a différents types de voyages, mais tous ont leurs particularités. J’ai beaucoup volé vers les îles de rêve paradisiaques, mais qui commencent à être trop connues à mon goût. Le tourisme a malheureusement lissé ces endroits merveilleux et sauvages pour les transformer en usines à vacances. Le coté carte postale est sympathique mais moins intéressant que l’authentique.

J’ai un énorme regret de n’avoir pas eu plus tôt un matériel suffisamment performant pour avoir aujourd’hui des clichés de qualité suffisante, mais je garde des souvenirs exceptionnels concernant des îles comme Zanzibar, Koh Phi Phi, entre autres, à l’époque où nous étions de rares touristes et où l’authenticité faisait la force de l’endroit.

Aujourd’hui je me tourne vers des destinations plus classiques à condition d’effectuer le voyage à mon rythme car le but de mes voyages est uniquement tourné vers la possibilité de prendre des clichés que je pourrai retranscrire avec ma vision au retour. Généralement, avant de décider d’un voyage, je me dis : ” Qu’ai-je envie de photographier, où le trouver ?”. J’ai apprécié Singapour pour son architecture, la Thaïlande pour les gens et les paysages, l’Australie pour ses paysages sauvages et désertiques, ses animaux, la Tanzanie pour sa faune incroyable, le Canada pour ses grands lacs gelés, le Pérou pour ses couleurs et ses grands espaces, Dubaï pour sa folie architecturale, Tahiti pour ses îles… Mais finalement si je devais ne faire qu’un choix unique, ce serait les Etats-Unis, parce j’y retrouve toute la concentration de ce que je recherche, architecture traditionnelle et ultra contemporaine, grands espaces, animaux, paysages sauvages, mer, lacs, les gens, les couleurs, un grain de folie ! J’ai fait l’ouest et ses Canyons en moto ainsi que du Sud au Nord de la Nouvelle Orléans à Chicago , la Floride, l’est avec New York et chaque fois c’est une nouvelle découverte.

© Chantal Cecchetti - Bryce Canyon

© Chantal Cecchetti – Bryce Canyon

 

Laquelle de vos photographies vous a le plus marqué, dont la réalisation a été la plus incroyable ? 

Une photo c’est toujours une nouvelle aventure, mais celle dont la réalisation a été la plus compliquée et marquante, c’est le massif du Mont Blanc. Il aurait été simple de se mettre sur un versant opposé, mais le projet a été monté différemment de façon à avoir un incroyable point de vue, surtout unique. Seule solution, prendre de l’altitude. Avec mon mari, à l’époque, nous avions un ULM trois axes et avions décidé que nous irions prendre le massif du Mont blanc en photo et descendre entre les montagnes pour survoler les glaciers. A cause de la disponibilité et aussi des conditions météo, le projet à été reporté l’année suivante. En effet, d’une part, il fallait se rapprocher vers Annecy en provenance d’Aix en Provence, et d’autre part partir très tôt le matin afin que les conditions soient optimales. La priorité avec un ULM, c’est la météo. C’est, comme son nom l’indique, un appareil ultra léger ( – 450Kg ) et donc très sensible aux conditions extérieures dont la force du vent, à cela venant se rajouter la couverture nuageuse. Autre élément à prendre en considération, l’altitude. Pour avoir des clichés intéressants il faut monter, ce que nous avons fait, à environ 14 000ft ( environ 4300m ) voire un peu plus, mais impossible de rester trop longtemps à cette altitude sans emport d’oxygène, ce qui entrainerait des risques d’hypoxie, et donc impossible de s’y attarder .

Décollage d’Annecy sous des conditions de rêve. Nous avons effectué plusieurs fois le tour de l’Aiguille du midi et la descente au dessus des glaciers. Bien que la météo soit bonne, nous avons rencontré d’assez fortes turbulences, ce qui complique grandement la prise de photos. Impossible d’avoir un point d’appui stable, secousses inopinées et dans un tout petit habitacle, cela devient vite le jeu du hasard d’effectuer un cadrage ou une mise au point. Il m’a fallu prendre un maximum de clichés avec pas mal de déchet. Au retour, autre problème, l’appareil est équipé d’une bulle en plexiglas fumée et beaucoup de soucis de reflet et de traitement couleur. Toutefois le ciel nous avait gâté, car ce matin là les couleurs étaient exceptionnelles et avec des dégradés de jaune bleu et mauve. J’avais la chance d’avoir mon mari comme pilote spécialisé en vol montagne et en qui j’ai une confiance absolue.

© Chantal Cecchetti - Massif du Mont Blanc

© Chantal Cecchetti – Massif du Mont Blanc

 

Plutôt couleur ou noir et blanc? 

A vrai dire, les deux, c’est suivant mon ressenti. En général, je travaille toujours la couleur et ensuite je retravaille la version en noir et blanc. Ensuite, c’est toujours le dilemme. J’adore les couleurs qui “accrochent”, mais aussi celles qui se laissent deviner dans des atmosphères un peu sombres. Parfois j’estime que certaines photos sont desservies par la couleur, mais qu’elles m’apportent une autre émotion en noir et blanc, parfois c’est l’inverse.

© Chantal Cecchetti - La Baie

© Chantal Cecchetti – La Baie

© Chantal Cecchetti - Marina

© Chantal Cecchetti – Marina

 

Quelle est votre petite astuce pour de meilleures photographies ? Avez-vous un rituel particulier lorsque vous prenez des photos ?

Mon astuce, c’est de ne pas m’imposer un sujet spécifique, c’est le meilleur moyen de ne pas aboutir pour moi. Il faut que ce soit l’occasion qui me donne l’envie. La contrainte est à mon niveau la meilleure solution pour ne rien réussir… Je n’ai pas de rituel particulier pour prendre des photos, par contre j’ai quelques manies lorsque j’ai effectué mes prises de vue. Surtout, dès que j’ai effectué mes sauvegardes, ne pas regarder mes clichés tout de suite. Il peut se passer plusieurs jours avant que je n’ouvre le fichier. Certainement une nécessité afin de redécouvrir car j’ai tendance à vivre avec l’oeil rivé au viseur et il me faut prendre du recul. Il peut aussi se passer quelques années avant que je ne me décide à retravailler un cliché. Je sais qu’il est dans mes archives, qu’il me plait, que je sais ce que je vais en faire, mais comme un bon bouquin qu’on lit lentement parce qu’on ne veut pas qu’il se termine, je  reporte le moment où je vais le coucher sur mon logiciel pour le remodeler tel que j’ai envie de le voir. C’est parfois un plaisir égoïste, un moment de bien être, avec toujours, au moment où je clique sur l’item “exporter l’image” lorsque je suis satisfaite du résultat, une question : ” Si je la partage, va-t-elle transmettre toute l’émotion que j’ai tenté de lui donner ?”

© Chantal Cecchetti - At the Top

© Chantal Cecchetti – At the Top

© Chantal Cecchetti - Architecture

© Chantal Cecchetti – Architecture

 

Quel est votre prochain projet ? 

Retour aux Etats-Unis. Le Texas, l’Amérique en dehors des sentiers battus.

© Chantal Cecchetti - Avenue Wabash

© Chantal Cecchetti – Avenue Wabash

Si vous souhaitez prolonger le voyage, découvrez la galerie Pixopolitan de Chantal Cecchetti et allez faire un tour sur sa page 500px !